PRESS – La Presse

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Montréal, Samedi 10 Février 2001
Prendre un Gant pour le dire – Alain Brunet
D’origine parisienne, la Californienne Laetitia Sonami a mis au point un gant serti de capteurs sensoriels. Une commande d’ordinateur, en fait. Lorsque le gant de sa conceptrice ratisse l’espace, il déclanche des sons, de la lumière, des mots. Il se passe des choses, aurez-vous saisi.
Pour en saisir d’avantage, il ne vous reste qu’à vous pointer ce soir au Théatre La Chapelle: miss Sonami vous y propose un enchaînement bien senti de “performances-nouvelles”,pour reprendre son expression.

“Je voulais qu’il soit assez sexy, contrairement aux objets habituellement créés pour les espaces virtuels. Je me suis dit que le mien serait influencé par la mode française! En fait, l’idée était de pouvoir exploiter un objet séduisant pour le public, un objet qui permette une gestuelle intéressante dans le cadre d’une performance et, surtout, l’intuition”, explique l’artiste, en direct de son domicile d’Oakland,

“J”avais commencé à travailler avec un gant de cuisine en caoutchouc, et je suis arrivée à créer un instrument assez sophistiqué – déjà vieux dans le monde virtuel; quatre ans, c’est long! J’en inventerai peut-être un autre pour l’avoir en réserve, mais il me faudra éventuellement mettre ce concept de côté et trouver de nouvelles idées de performance.”

La performance lui va comme un gant, est-on tenté d’ajouter…
En plus de créer en toute singularité, Laetitia Sonami enseigne au Arts Institute de San Francisco et gagne sa vie en tant qu’ingénieur de son. Fin des années soixante-dix, elle était venue étudier en Californie de Nord, plus précisément au célèbre Mills College – avec Robert Ashley, Terri Riley et autres célébrissimes avant-gardistes…

“J’y étais allée pour l’électronique, parcequ’on pouvait y construire soi-même sa lutherie. Just do it! Il y avait cette tradition de confection d’instruments amorcée naguère par Harry Partch, qui s’est propagée dans le monde de la musique électronique. J’aime toujours travailler en Californie parceque les technologies y sont très abordables au plan financier. En France, ça coûte tellement cher qu’on ne se mettra pas à construire un système informatique sans vraiment être sûr des résultats.”

La contribution de Laetitia Sonami, selon ses dires, ne tient pas tant dans la complexité de ses outils que dans leur utilisation devant un public.

“Depuis toujours, je suis fascinée par la technologie, mais je tiens à communiquer mes recherches. Il m’importe donc de transcrire les concepts technologiques dans un outil concret, et dans la présentation de cet outil. Trop souvent, on est fasciné par l’outil et on ne réfléchit pas assez au contexte et à la manière de son utilisation”

La perfomer-inventeure travaille seule ou avec d’autres, notamment le saxophoniste John Ingle et l’auteur Melody Sumner Carnahan.

“Certaines pièces sont plus lyriques, plus faciles d’accès; des textes et des sons sont associés à des paysages familiers. D’autres pièces sont plus abstraites, investissent des mondes inconnus. Le mouvement du corps? Ca dépend. Parfois, un type de gestuelle correspond à un type de son, il se peut aussi que le corps agisse presque en opposition. Pour l’auditoire, il n’est pas toujours facile de comprendre ce que le gant peut déclencher.

“Mais il faut que ça demeure un peu mystérieux; même si ce gant est un instrument assez complexe, il pourrait devenir ennuyeux.”

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